Ecoféminisme, anti-racisme et éducation populaire

 
 

Nous avons rencontré Sanna Ghotbi à Göteborg sur la côte ouest de la Suède grâce à sa participation au sommet Fearless Cities début juin 2017 à Barcelone.

Göteborg est une ville de 500'000 habitants, c’est la deuxième ville plus grande ville du pays. Sanna est impliquée dans de nombreuses initiatives citoyennes telles que "Democratic transition". Elle est également membre du parti féministe suédois " Feministisk Initiativ" dont elle est élue depuis 3 ans au conseil municipal de la ville.

L’organisation politique locale en Suède est similaire aux autres républiques européennes avec des représentants politiques élus, 81 à Göteborg, qui se réunissent une fois par mois pour prendre des décisions sur les sujets qu’ils jugent importants pour la ville sur des thématiques telles que le logement ou le travail. En Suède, le conseil municipal prend des mesures, créer des politiques publiques, avec des compétences allant de la lutte contre les violences infligées aux femmes à la réglementation sur les tarifs de stationnement. Les conseils municipaux mensuels sont retransmis à la télévision et sur internet en streaming.

La Suède a une longue histoire d’autonomie locale qui est inscrite dans la Constitution comme l’un des quatre piliers de gouvernement du pays. Jusque dans les années 50, la Suède comptait 5000 communes (à l'image de nos 36’000 communes françaises) mais l’État, dans une volonté de déléguer aux communes les prérogatives d'un Etat providence, a radicalement reformé cet échelon territorial en fusionnant les communes. Elles ne sont donc plus que 290 aujourd’hui. Cette fusion a été motivée par la conviction que l’échelon local est le plus à même à répondre aux besoins locaux. Bien que devenues plus efficaces, les communes se sont heurtées à un défaut de démocratie. Un nouvel échelon plus proche de la population a donc été crée : les comités de quartier. Les membres de ces comités sont nommés par le conseil de ville proportionnellement au nombre de votes pour l’ensemble de la ville. Aux élections locales la proportionnelle est appliquée, c'est grâce à quoi, avec 3%, le parti féministe est tout de même représenté au conseil municipal. Il n'existe pas de seuil en dessous duquel un parti ne serait pas du tout représenté au instances de la Ville. Pour en savoir plus sur l'organisation communale suédoise consulter ce super article de Lars Karlsson. 

L’État suédois est, comme en France, en pleine réforme de création de grandes régions. Les communes ont la gestion de la plupart des politiques sociales allant des activités de loisirs à l’énergie, en passant par les activités culturelles, le logements, les services industriels et commerciaux. Seuls la sécurité sociale et les services de santé relèvent de la compétence de l’Etat et des régions. La tendance étant en outre que l’État délègue une quantité croissante de ses anciennes prérogatives à l’administration locale. C’est une différence fondamentale par rapport aux compétences réduites des communes françaises.

"Feministisk Initiative" est le premier parti féministe au monde tous gouvernements confondus. Les membres du parti se définissent comme un parti social écologique qui se bat pour un développement soutenable et une féminisation de la politique. C’est aussi un parti anti-raciste.

Le mouvement "Feministisk Initiative" est fortement inspiré de la révolution Zapatiste et du mouvement de Rojava au Kurdistan, pour lesquels nous publierons prochainement deux articles. Son postulat est qu'il ne peut exister de démocratie sans écologie ni féminisme. En effet, l'idée est que l'environnement est une composante politique de nos sociétés qui ne peut être accaparé sous peine de rompre l'égalité des citoyens à une vie saine en créant un privilège à polluer pour certains. La composante féministe de cette idéologie est quant à elle tirée du constat qu'une société qui ne prendrait pas en compte la moitié de sa population (les femmes) ne peut pas être démocratique. Pour remédier à cela, il est nécessaire de questionner la manière dont fonctionnent les institutions. Par exemple, il est impératif de questionner les relations hiérarchiques, trop souvent modelées sur un rapport compétitif et dominant à l'autre et qui participent à légitimer une société « patriarcal ». Rétablir une égalité entre femmes et hommes peut passer par exemple par l'instauration de binôme partitaire aux taches exécutives. L'expérience plus poussée d'institution féministe est expérimentée actuellement à Rojava au Kurdistan.

Le parti féministe, s'il compte de élus au conseil municipal, fonctionne sur la base du mandat impératif. Les élus n'ont donc pas le pouvoir de décider par eux même mais doivent constamment se référer aux membres du parti. L'agenda ou l'ordre du jour du parti est participatif, chacun pouvant proposer et décider sur quoi le mouvement doit travailler en priorité.

Persuadée qu'une démocratie directe est possible, Sanna travaille également au développement d'une plateforme de contribution au niveau local sur l'exemple de la plateforme « Decidim » de Bracelonà en comù.

Dans cette vidéo, Sanna conclue sur la nécessité de s'engager en politique ce qui, dans le contexte suédois doit être compris de manière particulière. En effet, nous avions rencontré alors qu'elle coanimait un atelier intitulé « Comment mobiliser dans les société sans crise visible ? ». En Suède, et en Scandinavie en général, la population bénéficie d'une qualité de vie parmi les plus élevée au monde, il est alors souvent difficile de mobiliser les citoyens.

 

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