Democratic Transition

Education populaire et forums citoyens pour changer la ville

 
 

Nous avons rencontré Malin Widehammar à Barcelone durant le sommet des « villes sans peur » (Fearless Cities) où elle animait un atelier sur "la construction de mobilisations dans les pays sans crise visible" dont nous avons tiré un article  ici. Malin nous a reçu dans sa maison coopérative où elle vit avec 84 adultes et 26 enfants. Cet immeuble de 8 étages a été contruit lors du « million programm »  initié en 1965 en Suède. Si l'ambitieux projet de relogement fut salutaire à l'époque, avec le vieillissement des bâtiments et la paupérisation de ses habitants, la question de la rénovation est aujourd'hui un vrai enjeu d'égalité dans le pays.

 
 

Suite à plusieurs ventes et rachats par des investisseurs privés, les habitants de l'immeuble on décidé en 2002 de racheter eux-même le bâtiment. Les nouveaux propriétaires ont délégué le bien à une association qu'ils ont créée. Le bâtiment ne leur appartient plus individuellement mais appartient aux membres de l'association.

Les habitants décident ensemble du prix du loyer, des investissement à réaliser et l'immeuble dispose de lieux de vie et d'équipements communs à l'ensemble des résidents (notamment un sauna dont nous avons pu profité).

 
 

Selon Malin, ce type de projet est un exemple de démocratie participative en ce que toutes les décision sont prises par un processus de décision partagée entre les habitants et participent donc à ancrer la démocratie dans la vie quotidienne de chacun. On touche ici peut être à la «démocratie réelle » où la démocratie est un mode de vie et cela n'était pas sans nous rappeler Communa

 

Après la visite de cette impressionnante maison, nous avons interrogé Malin sur deux de ses engagements militants : Democratic transition et « The city we want ». 


Democratic Transition : 

Cette association a pour vocation de faire de l'éducation populaire : c'est-à-dire qu'elle organise sur différents sujets d’intérêt commun , des conférences et des ateliers pour rendre accessible des notions politiques. L'idée est de permettre à toute la population, peu importe son niveau d’études ou son domaine d'activité, d'acquérir un ensemble de connaissance nécessaires à la bonne tenue d'un débat public. Sur l’échelle de la participation cela équivaut à informer en dispensant une information de qualité pour s'assurer que tous les arguments et connaissances nécessaires à une prise de décision publique avisée ont été donnés.

L'un des sujets récents auquel s'est attelé Democratic transition était la question du communalisme ou municipalisme. Cette notion développée par Muray Boockchin, mise en pratique au Rojava ou à Barcelone, part du principe que le centre de décision politique doit être au niveau le plus proche des citoyens avec des prises de décisions directe en assemblée populaire locale.


The city we want : 

Cette organisation a, comme le dit Malin, une vocation plus pratique. C'est à dire qu'elle entend avoir une influence directe sur les politique s publiques menées à Göteborg. Grâce à un processus délibératif citoyen, l'association permet de formuler des propositions politiques concrètes à destinations des politiques. Au-delà de ce travail de formulation, un plan d'action est pensé pour suivre à la fois la réalisation de ces politiques par les décideurs les ayant acceptés, mais également à penser des actions citoyennes susceptibles de donner plus de poids aux formulations et de « changer la ville ». 

Cette forme de lobby citoyen peut être rapproché dans une moindre mesure du G1000 notamment dans sa conclusion vis-à-vis des décideurs politiques : être force de propositions, même le mieux argumenté et le plus concret possible, ne suffit pas toujours. Il s'agit donc sans doute de s'organiser pour reprendre le pouvoir par soi -même ou alors d'associer des décideurs au processus lui-même. 

Autre chose intéressante : the city we want et democratic transition fonctionnent comme des plateformes associatives capables de proposer l'infrastructure nécessaire à la délibération ou à la montée en capacité... Mais elle laisse également une part importante aux associations travaillant déjà sur le sujet. Elle œuvre donc à réunir les savoirs associatifs sur différents sujets afin de faire discuter et d'être force de propositions l'ensemble des acteurs citoyen de la cité. 

Enfin, lorsqu'on interroge Malin sur les difficultés auxquelles elle fait le plus souvent face, elle prévient sur le difficile équilibre à trouver entre ouverture et horizontalité et viabilité du débat. Nous sommes en effet arrivés au constat, à partir de nos expériences de Nuit Debout entre autres, que lorsqu'il s'agit d'expérimenter des débats le plus ouverts possible, il arrive que des individus obstruent le débat soit par des prises de parole répétées ou hors sujet : les trolls. Il est alors délicat de trouver une place pour chacun car s'il n'est pas dans l'idéal démocratique de limiter l'expression d'une personne, il n'est pas non plus viable qu'une personne confisque le débat ou face perdre un temps considérable au groupe. Assurer la bonne tenue du groupe passe aussi par un partage des t âches (animation, organisation, logistique) devant être le plus partagées possible mais qui demandent un savoir faire indéniable. Il s'agit alors d’être efficace tout en ne versant pas dans une forme d'élitisme ou certains seraient « mieux placés que d'autre » pour prendre des responsabilités au sein du groupe.

La démocratie à l'échelle des collectifs est une affaire aussi délicate qu'à l’échelle d'une ville ou d'une société. Malin nous à présenté la technique du « flocon de neige » où, tout en restant absolument horizontal , la structure se noue par branche et, grâce à un centre compact, forme une architecture unique. Une suédoise nous parlant de démocratie en flocon de neige... nous ne pouvions pas être plus typique ! 

 

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