Une assemblée citoyenne tirée au sort en Belgique

 
 

Nous avons rencontré Vincent Jacquet à Louvain-la-neuve sur le campus de l’université Catholique de Louvain. Il nous a présenté l'initiative du G1000 à laquelle il a participé en 2011 avant de soutenir une thèse de science politique  sur les mécanismes expliquant « la non-participation » dans les processus de tirage au sort.

Le G1000 a été initié par une communauté de citoyens et de nombreux universitaires dont le néerlandophone David Van Reybrouck auteur de l'ouvrage « Contre les élections ».

Le G1000 a eu lieu dans un contexte particulier puisque la Belgique, constatant l'échec des différents groupes politiques à former une coalition de gouvernement, avait du se passer de gouvernement pendant 541 jours. Le procédé du G1000 visait à réunir le plus de belges possible pour formuler des propositions de lois en direction des politiques. 

Le G1000 se voulait être une démonstration par l'exemple de la capacité de délibération des citoyens et ainsi critiquer le cadre réducteur du citoyen «  presse boutons » c'est à dire du citoyen simple électeur. 


Le dispositif s'est composé de trois phases.

La première phase était numérique et consistait à sonder la population sur les thématiques à traiter en priorité : sont sortis trois thématiques principales autour de l'immigration, de la solidarité et de la sécurité.

La deuxième phase est certainement la plus médiatique puisqu'elle a offert un cadre de délibération à grande échelle. Après avoir tiré au sort plusieurs milliers de belges, grâce à leur numéro de téléphone, 1000 belges (environs 700 en réalité) se sont réunis sur une journée pour formuler des propositions de lois sur les trois thématiques qui avaient été identifiées lors de la première phase. Les participants étaient réunis par tables composées de 10 personnes et d'un modérateur/facilitateur volontaire. Un dispositif complexe de « table maitre » permettait de synthétiser les propositions des différente tables. A la fin de la journée, un vote permettait de sélectionner les propositions finales.

La troisième phase, le G32, ressemblait davantage à un "jury citoyen" puisqu'il s'agissait de réunir 32 citoyens durant trois week-end pour qu'ils puissent formuler des propositions autour du "travail". Durant ces temps, les participants pouvaient auditionner différents experts.


Avec un budget de 300 000 euros, obtenu grâce à une campagne de financement participatif (dont des entreprises sous couvert d'anonymat) et un millier de bénévoles, le G1000 a réussi à formuler des propositions remises aux différents parlements belges. Si très peu de ces propositions ont été effectivement reprises par les personnes en capacité de légiférer, la principale contribution du G1000 a été de prouver que lorsqu'on prend le temps et qu'on y met les moyens les citoyens sont capables de délibérer.

 

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