Presse locale et cartographie participative à Bruxelles

 
 

Dewey est une association bruxelloise qui a pour objectif d’aider à la création d’antennes de presse locale, de réaliser une carte alternative de la ville et d’entretenir le Jardin Latinis de la friche de Josaphat. Nous les avons rencontré sur ce terrain de 24 hectares pour en apprendre plus sur l’information locale à Bruxelles. L’association a pris le nom du pédagogue et penseur John Dewey auteur de la « La démocratie radicale » qui développe dans son ouvrage une construction libérale de la démocratie radicale.

Comme Mathieu Simonson, l’explique dans la vidéo, il est difficile de légitimer le concept même d’information locale tant celui-ci contraste avec la culture élitiste de la presse d’information écrite. Lorsqu’il s’agit d’écrire, plus encore que lorsqu’il est question de prendre la parole et de faire entendre sa voix au travers de longs discours, tout le monde n’a pas le droit au chapitre. Le fond des sujets traités, parce qu’il n’impacte qu’une minorité de personnes et n’a pas de rapport avec les décisions politiques de plus grande échelle est souvent qualifié d’anecdotique. A Dewey, on considère que ce traitement de l’information, qui échappe volontairement les questions locales et se focalise sur les informations les plus « importantes » est de nature à favoriser le désengagement des citoyens des questions politiques. Et si notre univers informationnel, de part son caractère anxiogène et théorique, contribuait à ankyloser nos démocratie ? Sans aborder la questions de l’indépendance des médias vis-à-vis des sphères politiques et économique, c’est d’après ce diagnostic que Dewey a entrepris d’expérimenter de nouvelles méthodes de production des informations que nous recevons.

 

Autre point soulevé par les différents journaux locaux, comment renverser la logique du fait accompli et susciter débat et engagement de la part des lecteurs ?

Intervient ici le champ de l’information dite « positive » qui à l’instar du « Libé des solutions » ou du site « Positivr » donne d’inspirantes pistes d’actions dans un traitement toutefois biaisé des actions décrites. Ainsi, dans l'espoir d'en finir avec un traitement de l'information « poussant les gens à l'impuissance », les membres de Dewey forment des habitants à la création de journaux de quartiers avec une communauté de contributeurs. Entretenir cette communauté est aujourd’hui un défi pour l’asbl qui existe depuis environs 3 ans. Sans réel revenu, l’association compte sur ces seuls bénévoles pour organiser des ateliers d’écriture et des temps de débat.

 

Les journaux locaux accompagné par Dewey sont complétés par un projet de cartographie contributive des « communs ». Au-delà de la questions des communs que nous retrouvons régulièrement sur notre route et qui devrait bientôt mériter un article, cette cartographie a pour objectif de rendre visible ce qui existe et peut être fait en région bruxelloise en matières d'alternative. La cartographie est un procédé de plus en plus employé pour rendre visible l’existant et ainsi tisser des liens entre initiatives qui ignorent parfois qu’elles sont voisines. A Barcelone, elle est utilisée pour rendre visible les chantiers de la municipalité Barcelona en comù.

Cette cartographie est contributive, c’est-à-dire que chacun peut ajouter ou modifier du contenu sans modération a priori. Son postulat est de considérer que le moyen le plus efficace de centralisé le plus d’informations est de demander à un maximum de contributeur. A l’instar de la communauté mondiale autour du logiciel libre umap, la communauté de contributeur Dewey réunit environs 200 contributeurs. Il est question d’organiser bientôt des carto-party pour renforcer cette communauté voir de rejoindre d’autre initiatives de cartographie similaires. Nous avons également constater que la cartographie était utilisé aussi par des institutions comme participation « Bruxelles Participation » qui propose une cartographie des communs (les points d’accès à l’eau et les toilettes publiques) sur la commune de Bruxelles.

 

Rapporté à nos précédentes expériences et à ce que nous avons pu observer de Bruxelles, ce pas vers une information contributive et localisée pourrait rejoindre la logique de résolution des problèmes politiques à l’échelle locale et contribuer à poser les premières pierres d’un processus de création d' une narrative, une histoire, un imaginaire commun.

Il participe de la première strate de ce qu’on appelle «   l’échelle de la participation » et sont à ranger dans le verbe « informer » de notre grille (article à parraître). Dewey participe à renforcer la démocratie en informant, en mettant les citoyens en capacité d’agir sur leur lieux de vie et en favorisant le débat autour de questions soulevées par des exemples locaux.

 

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