Human rights and community organizing


ActionAid est une organisation non gouvernementale créée en 1972. Elle est actuellement présente dans 45 pays répartis sur les cinq continents.  En France l'ONG se nomme ActionAid - Peuple Solidaire. L'organisation a pour objectif de lutter contre la pauvreté et les inégalités à travers le monde. A l’inverse d’une approche dite « caritative », Actionaid combine une approche de structuration des communautés au niveau local et une approche de plaidoyer international (lobbying) pour protéger les droits des communautés qu’elle soutient.

Ayant constatée que les populations les moins conscientes de leurs droits sont celles qui sont les plus marginalisées, l’ONG organise ses actions durant plusieurs années, en formant des leader locaux dans les communautés. Avec une orientation de l’action auprès des groupes de femmes notamment l’ONG permet de développer une conscientisation des droits et l’organisation de mobilisations locales. L’ONG utilise la méthode des cercles de pédagogie émancipatrice de Paoli Freire. Paulo Freire est un pédagogue brésilien qui a inspiré les cercles militants par ses méthodologies d’éducation populaire comme moyen de lutte contre l’oppression. Il a établi l’éducation comme un processus de conscientisation et de libération. Dans son ouvrage le plus connu, «  Pédagogie des opprimés », il expose ses idées relatives à l’alphabétisation, à l’éducation des adultes et à l’aspect politique de l’éducation.

 
 

Le travail de structuration des communautés au niveau local, autrement appelé « community organizing », principalement théorisé par Saul Alynski, a pour but de lutter contre le non recours au droit. Dans la grande majorité des actions menées par ActionAid, l’Etat a pour devoir de mettre en application les droits des communautés et il s’agit donc de lutter contre des situations d’illégalité où l’Etat est en faute. Dans les Andes, par exemple, le taux de mortalité infantile est très élevé alors que la population a un droit à la santé gratuite pour tous. La cause du non recours aux services de santé se trouve donc dans l’ignorance des communautés du droit.

 
 

Mais, comme le dit Laura Sullivan, «  on ne peut pas changer tout ce qui se passe au village du village ». Le travail de mobilisation des communautés est donc doublé d’une action de lobbing institutionnel, de New York à Addis-Abeda ( en passant par Paris et Dublin, pour atténuer les impacts négatifs des politiques néolibérales sur les communautés.

ActionAid fonctionne dans une logique bottom-up où l’expertise locale des communautés est centrale, ce sont elles qui font remonter les problématiques en cours de grande consultation dans les pays membres. L’ONG combine les informations compilés par les leaders locaux avec l’agenda institutionnel des grands organisations politiques mondiales, les opportunités et défis en cours, et développe des thématiques de luttes sur plusieurs années, par exemple, en développant des campagnes qui permettent de comprendre pourquoi le changement climatique et la justice fiscale sont intimement liés.

En tant qu’ONG pratiquant le lobbying à Bruxelles, ActionAid peut observer de près le fonctionnement de l’Union Européenne. Laura Sullivan confirme la puissance des lobbies néolibéraux des grandes multinationales qui ont beaucoup plus « d’accès » au dirigeants que les lobbies de la société civile.

 

Elle dénonce l’ambiguïté du positionnement de l’Union Européenne qui d’un côté finance l’aide au développement dans les pays du Sud et, de par sa législation sur les agrocarburants par exemple, permet à des multinationales européennes de s’accaparer les terres des communautés locales. « Land is life », l’accaparement de terres, et de ses ressources, n’est pas compensé par l’aide au développement. La narrative néolibérale qui n’accepte pas d’alternative à son modèle de développement contraint à ce genre de logique, face au changement climatique et aux différents risques de pénurie énergétique, l’UE mise sur les agrocarburants qui ne sont pas une alternative, contrairement à la permaculture, car il nécessite une consommation en terre et en eau qui n’est pas soutenable. L’UE est piégé dans la narrative néolibérale est fait subir les conséquences depuis longtemps aux communautés des pays du Sud et, de plus, aux communautés des pays du Nord.

Pour Laura Sullivan c’est l’activité de la société civile à travers ses mobilisations qui peut seule contraindre les politiques de l’UE à prendre en compte de nouvelles exigences en matière de politique énergétiques et sociales

Considérant que « les racines de la pauvreté sont les mêmes ici en Belgique qu’au Mali par exemple », l’ONG s’attèle à créer du lien entre les communautés en lutte à travers le monde. La connexion des communautés est perçue par ActionAid comme un enjeu fort pour permettre à chacun d’apprendre des réussites et des échecs des différentes organisations à travers le monde et développer des mouvements de lutte internationaux.

Beaucoup d’ONG, d’association ou de partis politique sont cependant focalisés sur la prise de pouvoir ou d’influence de la sphère politique. Laura Sullivan est intransigeante : il faut changer d’approche. Le lobbying seul est inefficace, il faut prendre le temps de construire la base, travailler sur la conscientisation, la connexion et la mobilisation (des européens et des organisations) pour élaborer des agendas en commun à travers le monde. Et il faut aussi que les organisations arrivent à sortir du piège du renfermement sur le calendrier de leur lutte en cours, pour prendre le temps de se connecter, car « nous gagnons de petites batailles mais nous sommes en train de perdre la planète ».

 
 

Laura Sullivan insiste sur l’importance du processus. Inspiré de l’idéologie féministe « the process maters ». Elle prend l’exemple de l’Irlande, d’où elle est originaire, où la mobilisation pour le mariage pour tous en 2011 a été nourrie par une démarche de débat de société : « What kind of Irland do we want ? » (Quel genre d’Irlande voulons nous ?). Pour Laura Sullivan c’est cette réflexion collective de fond qui a permis la victoire du mariage pour tous en Irlande, adopté en 2012, et qui permet aujourd’hui de développer dans le pays un mouvement féministe fort, inimaginable dans une société qui s’auto-qualifiée de « conservatrice » quelques années auparavant. Le débat démocratique est essentiel à la construction d’une lutte car il est facteur d’émancipation individuel, mécanisme fécond qui permet de créer le terreau favorable à d’autres mobilisations. Le plus souvent les organisations de lutte le néglige et perdent leur capacité d’effet levier vers une transition globale au profit d’une petite victoire.


Laura Sullivan insiste sur l’importance fondamentale de changer de narrative. « Si on veut changer l’Europe il faut changer le débat en Europe ». Positionnement générateur de conflit interne dans les ONGs, pour elle il est essentiel d'arrêter d’utiliser le discours néolibéral et ce même si cela permet de justifier certaines politiques publiques qui à court terme seront en faveur des droits humains ou de l’écologie. Il faut remplacer la logique de la croissance économique par celui du bien-être. C’est un combat quotidien, individuel et collectif, de réappropriation du vocabulaire.

 

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