Faire collaborer les acteurs du changement


 

Le Civic Innovation Network (CIN) est une initiative qui mélange logique entrepreneuriale, fonctionnement collaboratif et poursuite du bien commun.  Ce sont des entrepreneurs qui participent à démontrer aux institutions leur inaction ou leur déni en créant des opportunités insoupçonnées et des solutions viables.  Ils compte pour partenaires des acteurs tels que OuiShare, Hackistan, MakeSense et Open Knowledges.

CIN c'est aussi accéder à un cercle d’acteurs que nous avons peu croisé dans nos cercles militants : celui des entrepreneurs. Ici, on parle d'économie sociale et solidaire et, on a donc dû se familiariser avec des termes parfois un peu « corporate » et des anglicismes que l'on ne connaissait pas.

Le principe du Civic Innovation Network est d'accompagner des scénaristes à "implémenter" leur solution grâce aux concept des « Impact Joint-venture ». Traduction : CIN mise sur la synergie entre différents acteurs pour effectuer l’ensemble des opérations qui permettent de définir un projet et de le réaliser. Cela créer des collaborations ponctuelles capables de résoudre un problème donné. C'est l'idée de l’économie circulaire : sur un territoire déterminé, on observe quels sont les acteurs en présence et on scelle une collaboration prenant en compte la diversité des participants en proposant une méthodologie spécifique. C'est ici qu'on retrouve le principe de la « joint-venture ». Utilisé initialement pour des accords d'entreprises sur des sujets précis, il se décline aujourd'hui en social « joint-venture » ou « impact joint-venture » : grâce à ces collaborations chaque type d'acteur y trouve son compte que celui-ci soit économique ou social.

 
 

Sur le site du CIN, on trouve déjà plusieurs exemples concrets et nous avons assisté à la mise en place d'un scénario de projet de récupération alimentaire.

Le défi était de trouver, à l'échelle du quartier, les lieux, les acteurs et les ressources pour 1) récupérer des denrées alimentaires 2) transformer ces denrées 3) écouler ces denrées 4) garantir un équilibre économique.

Encore fallait-il assurer que ces acteurs collaborent et c'est surtout la que CIN est porteur de solution : à travers leur méthodologie, ils garantissent le travail de médiation et d'accompagnement des collectifs ainsi créés.

L’ambition de CIN : avoir un effet levier sur les politiques publiques en multipliant les « capsules » de collaboration. Réinventer la Ville en réunissant des innovateurs et des porteurs de solutions pour démultiplier l'impact. 

Pour y arriver, le Civic Innovation Network a déjà revu sa formule : pensée en tant que rendez-vous des citoyens porteurs de changement, il s'agissait de réunir citoyens et experts pour faire émerger des problématiques concrètes en misant sur l'intelligence collective. Le CIN se serait alors chargé, dans un deuxième temps, de trouver les entrepreneurs susceptibles d’apporter des solutions à ces problématiques. Aujourd'hui, la logique s'est inversée. Face à la difficulté de traiter cette matière et ces problématiques souvent trop larges, le Cin se propose aujourd'hui de réunir des entrepreneurs autour d'un défi urbain et de revenir ensuite vers les citoyens et structures de proximité pour les "plugger" au projet. Le risque est alors de ne plus être que dans une démarche "consultative" vis à vis des habitants. Le cheminement de CIN illustre la difficulté, le temps et les moyens nécessaires pour réaliser des démarches de démocratie locale concrètes et fécondes. 

 
 

Aujourd'hui, CIN a donc besoin de se faire connaître et de faire la preuve de l'efficacité de son concept pour drainer d'avantage de porteurs de solutions. Son indépendance et sa capacité à trouver des solutions sans les politiques pourrait justement être "vendeur".

On a également apprécié la posture de Pierre-Alexandre Klein qui, comme on le voit dans la vidéo, pose une analyse complexe sur les risques et les opportunités des « Civic-tech ». Comme le montre l'auteur Clément Mabi, dans son article sur le « Citoyen Hacker » : « la question de l’équipement ne doit pas faire passer au second plan la réflexion sur la nature du projet politique embarqué par ces dispositifs ». Pierre-Alexandre a dans une vie précédente travailler dans les neuro-science et c'est lucidement qu'il pose le problème de la propriété des technologies que nous utilisons, y compris pour la démocratie !

Le revers de la médaille, c'est aussi que, comme pas mal des entrepreneurs que nous avons rencontré, le modèle économique est encore fragile. Lorsqu'il s'agit de démontrer aux institutions leur obsolescence, il faut également renoncer à leur financement. C'est une chose que nous avons également observer à Dewey ou Communa : si la région de Bruxelles, à travers notamment les « contrats de quartiers » et les permis d'occupation temporaire, permet à plusieurs acteurs et entrepreneurs de changement de lancer leur projet, ces initiatives, pour passer du stade d'expérimentation à celui de solution viable, ont aussi besoin d'une stabilité économique difficile à trouver en période de logique budgétaire stricte.

 

Retrouvez plus d'info et d'analyse dans notre exposition itinérante